Tout ce que vous faites imprimer est jugé par des personnes, et les personnes sont indulgentes. Un alignement approximatif, une teinte un peu différente de celle de l’écran, un titre trop long, rien de tout cela n’empêche votre message de se rendre.
À retenir
- Ne rognez jamais la zone de silence autour du code à barres : cette marge blanche fait partie du symbole et guide le lecteur.
- Ne raccourcissez pas les barres pour gagner de la place : la troncature est traitée en tolérance zéro par les spécifications GS1.
- Sur un emballage transparent, prévoyez un blanc opaque sous le code et mesurez le contraste sur le produit fini.
Il existe une exception. Sur un emballage, une étiquette de produit ou une page de catalogue, il y a un élément dont le lecteur est une machine. Elle ne fait aucun effort d’interprétation et ne rend pas de verdict nuancé : elle lit, ou elle ne lit pas. Quand elle ne lit pas, votre produit s’arrête à la caisse, la file attend, et votre détaillant s’en souvient.
Ce que cet article ne traite pas
Le code QR et son usage promotionnel sont traités dans notre article sur le code QR sur vos imprimés. Le passage de l’écran au papier appartient à l’article sur le CMJN et le RVB, et la préparation générale du fichier à celui sur le fichier prêt pour l’impression.
L’obtention du numéro lui-même n’est pas non plus un travail de graphiste ni d’imprimeur. Au Canada, les préfixes d’entreprise et les numéros d’article sont attribués et tenus à jour par GS1 Canada. Cet article commence après ce moment : vous avez votre numéro, il faut maintenant le faire tenir sur un imprimé sans détruire sa lisibilité par une machine.
Un code à barres n’est pas une image, c’est une mesure
Le réflexe de mise en page est de traiter le code comme un logo : on le dépose dans un coin, on l’ajuste jusqu’à ce que ça tombe bien, et on passe à la suite.
Le code ne fonctionne pas comme ça. Sa plus petite barre porte un nom, la dimension X, et c’est elle qui commande tout le reste. GS1 Canada situe un symbole UPC-A ou EAN-13 à sa taille nominale, dite 100 %, avec une dimension X de 0,33 mm, pour un symbole de 31,35 mm d’une barre extrême à l’autre. La plage permise s’étend de 80 % à 200 %, et le symbole en sort dès qu’on la franchit. Vous ne pouvez donc pas réduire le code de quelques pour cent parce que le panneau est serré : le plancher est chiffré, et c’est la maquette qui cède.
Surtout, un code à barres ne se déforme jamais. L’étirer ou l’écraser pour l’ajuster à un cadre modifie la largeur relative des barres, donc modifie ce que la machine lit. Une mise à l’échelle non proportionnelle produit un symbole faux qui paraît parfaitement normal à l’oeil.
La marge blanche fait partie du code
De chaque côté du symbole se trouve une zone claire, la zone de silence. Ce n’est pas de la respiration graphique, c’est un composant du code : c’est elle qui indique au lecteur où le symbole commence et où il se termine. GS1 Canada la compte d’ailleurs dans les dimensions officielles. Le symbole nominal qui mesure 31,35 mm de barre à barre en mesure 37,29 mm avec ses zones de silence. L’écart, un peu moins de six millimètres, est exactement ce qu’un graphiste à l’étroit voit comme du vide récupérable.
La règle est stricte : cette zone reste libre de toute impression, sans texte, sans élément graphique, sans filet. Et la liste de GS1 Canada va plus loin que l’encre, parce qu’elle vise aussi ce que la production ajoute ensuite : une fermeture, une perforation, un trait de découpe, une zone de collage, un rainage. Le symbole doit également rester assez loin du bord pour que sa marge survive au massicot.
C’est donc un arbitrage à régler pendant la conception. Un gabarit de découpe qui traverse une zone de silence détruit un code parfaitement dessiné, et rien ne le montrera sur votre écran.
La hauteur n’est pas décorative
Deuxième réflexe à défaire : raccourcir les barres pour gagner de la place. Le symbole reste reconnaissable et il a l’air de fonctionner. Cette opération porte un nom, la troncature, et les spécifications générales de GS1 la traitent en tolérance zéro.
La raison est mécanique. Une caisse de commerce lit dans plusieurs directions à la fois : la personne au comptoir passe l’article sans le regarder, dans n’importe quel sens, et le lecteur trouve le symbole. Cette lecture multidirectionnelle repose entièrement sur la hauteur des barres. Réduisez-la, et le code ne se lit plus que selon certaines orientations précises.
Le résultat n’est pas un code qui échoue franchement, ce qui serait détectable. C’est un code qui passe une fois sur trois, et personne ne saura dire pourquoi.
La hauteur minimale suit la taille du symbole : 22,85 mm à la taille nominale, 18,28 mm au plus petit format permis. GS1 Canada est explicite. La troncature doit être évitée sauf nécessité absolue, par exemple sur une surface très courbée, et il faut alors imprimer la plus grande hauteur possible. Sur un emballage assez grand pour recevoir un symbole complet, elle ne devrait jamais être envisagée.
Quand la place manque vraiment, les solutions arrivent dans cet ordre : un symbole à zéros supprimés pour réduire la largeur, des chiffres plus petits sous les barres pour réduire l’encombrement, une étiquette revue ou agrandie, une étiquette volante, un emballage secondaire. La troncature vient en dernier, en accord avec vos partenaires commerciaux, et elle demande une demande d’exemption auprès de GS1 Canada. L’ordre de cette liste est le message : on modifie l’emballage avant de modifier le code.
La seule règle qui peut contredire votre charte graphique
Vous avez une palette et elle s’applique partout. Pas ici, du moins pas librement.
Le référentiel de GS1 Canada destiné aux concepteurs et aux imprimeurs est net : des barres noires sur fond blanc donnent le bon contraste, le vert foncé et le bleu foncé étant de bonnes solutions de rechange. En revanche, il faut éviter les teintes de rouge, d’orange et de jaune pour les barres, parce que le faisceau du lecteur est rouge et qu’il ne voit tout simplement pas cette famille de couleurs. Ces mêmes teintes restent acceptables pour les espaces clairs.
D’où une conséquence utile : votre couleur de marque peut souvent servir de fond au symbole, rarement de barres. Et ce fond doit être uniforme en couleur et en opacité, sans texture, ce qui exclut de poser un code sur une photographie ou sur un motif.
Le support fait autant de dégâts que l’encre
Le contraste dépend aussi de ce sur quoi les couleurs sont déposées, et c’est là que les emballages d’aujourd’hui causent le plus de rejets. Sur un matériau transparent ou translucide, le produit transparaît à travers les espaces clairs du code et les assombrit. GS1 Canada recommande alors un blanc de forte intensité ou un support blanc intérieur, et pose une règle simple : ne comptez jamais sur ce qui se trouve dessous pour fournir le contraste. Un suremballage transparent réduit lui aussi le contraste, donc la mesure doit porter sur le produit fini plutôt que sur l’étiquette seule.
Les matériaux très réfléchissants, feuille métallique ou aluminium, sont le cas le plus délicat : il ne faut pas laisser le support fournir lui-même les zones claires ou foncées, mais imprimer les deux, et tenir le symbole à sa taille nominale ou plus grand.
Dernier piège : une trame de similigravure sous le code. Le lecteur risque de prendre les points de trame pour des défauts. Si les graphismes de l’emballage sont tramés, le symbole doit reposer sur un fond net, au besoin un aplat blanc opaque réservé autour de lui.
L’engraissement de l’encre, et la correction que vous n’avez pas à faire
Il reste un phénomène purement physique, et c’est le seul point de cet article qui ne vous appartient pas.
Toute encre s’étale un peu en rencontrant son support. Sur un texte, cela épaissit les lettres. Sur un code à barres, cela élargit les barres et rétrécit les espaces, donc cela déplace le rapport exact sur lequel repose la lecture. La correction s’appelle la réduction de largeur de barre, elle s’applique en amont dans le film ou dans la plaque, et elle n’est pas identique partout, ce qui explique pourquoi un même fichier ne donne pas le même résultat d’un atelier à l’autre. En lithographie, les ennemis sont l’étalement d’encre, le maculage et le gain optique. En flexographie, un point revient sans cesse : faire tourner les barres dans le sens de la presse. En sérigraphie, il faut une trame plus fine pour éviter l’effet d’escalier au bord des barres. Et l’impression thermique directe voit ses barres pâlir et ses espaces foncer après une longue exposition à la lumière, ce qui la rend déconseillée pour un article entreposé au soleil.
Ce que vous avez à faire tient en une phrase : dire à votre fournisseur quel procédé et quel support seront utilisés, et lui laisser appliquer la correction. Le choix du support n’est donc pas seulement une affaire de toucher et de perception, sujet couvert dans notre article sur le grammage et le type de papier, c’est aussi une décision qui change le réglage du code.
Faire vérifier, et à quel moment
Un code se mesure, il ne s’approuve pas à l’oeil.
La vérification analyse neuf attributs du symbole imprimé, dont le contraste, les défauts, les zones de silence et la modulation. Chacun reçoit une note, et c’est la plus basse qui devient la note globale. Autrement dit, un code excellent sur huit points et faible sur un seul est un code faible. La note minimale acceptable en caisse est ISO 1,5, mais GS1 Canada invite les imprimeurs à viser plus haut, parce que tous les lecteurs du marché ne se valent pas.
Le calendrier compte autant que la mesure. La vérification se fait en deux temps : avant la production, sur une épreuve, puis sur l’emballage final tel qu’il se présentera au lecteur, contenu et suremballage inclus.
Ce contrôle ne remplace pas votre approbation d’épreuve, il s’ajoute à elle. Le bon à tirer valide ce qu’une personne voit. La vérification du code valide ce qu’une machine mesure, et les deux verdicts n’ont rien à voir.
Si vous préparez un emballage, une étiquette ou un catalogue de produits destiné à la caisse, posez ces questions pendant que la maquette n’est encore qu’un fichier. Parlez-nous du projet avant de figer le gabarit : c’est toujours moins cher qu’un tirage à refaire.
Questions fréquentes
Puis-je réduire un peu le code à barres pour qu’il tienne dans ma mise en page ?
Seulement à l’intérieur de la plage permise, de 80 % à 200 % de la taille nominale. Et la réduction doit rester proportionnelle : étirer ou écraser un code change la largeur relative des barres et fausse la lecture, même si le résultat paraît normal.
Puis-je imprimer le code dans les couleurs de ma marque ?
Partiellement. Les barres doivent être foncées : noir de préférence, sinon vert foncé ou bleu foncé. Les teintes de rouge, d’orange et de jaune sont à éviter pour les barres, parce que le faisceau du lecteur est rouge. Elles restent acceptables pour les espaces clairs, ce qui permet souvent d’utiliser votre couleur en fond.
Mon emballage est transparent. Est-ce un problème ?
Oui, parce que le produit qui se trouve derrière assombrit les espaces clairs du code et détruit le contraste. La solution est d’imprimer un fond blanc opaque sous le symbole plutôt que de compter sur la matière pour jouer ce rôle.
Qui fournit le numéro du code à barres ?
Pas votre graphiste et pas votre imprimeur. Au Canada, les préfixes d’entreprise et les numéros d’article sont attribués et tenus à jour par GS1 Canada.
Le bon à tirer suffit-il à valider le code à barres ?
Non. Le bon à tirer valide ce qu’une personne voit. Un code se mesure par une vérification qui note neuf attributs et retient la plus basse comme note globale, une fois avant la production et une fois sur l’emballage final.