Deux soumissions pour le même imprimé, et pas le même prix : ce que l’écart cache

Deux soumissions pour le même imprimé, et pas le même prix : ce que l’écart cache

Vous avez envoyé le même projet à deux imprimeurs. Les deux réponses arrivent, et elles ne se ressemblent pas du tout. L’une est nettement plus basse que l’autre.

Le réflexe est immédiat : l’un est cher, l’autre est correct. C’est presque toujours faux. Dans la grande majorité des cas, les deux fournisseurs ont chiffré deux objets différents, parce que la demande qu’ils ont reçue leur laissait le choix sur des points que vous n’aviez pas tranchés.

Comparer deux soumissions d’impression n’est pas un exercice de négociation. C’est un exercice de lecture, et il se fait avant de regarder le total.

La seule règle qui compte

Un prix n’est comparable que si la commande l’était.

Tant que les deux fournisseurs n’ont pas chiffré exactement le même papier, la même quantité, le même nombre de couleurs, la même finition, la même épreuve et la même livraison, l’écart entre les deux totaux ne vous apprend rien sur leurs prix respectifs. Il vous apprend seulement qu’ils ont comblé les blancs différemment, ce qui est leur métier et non leur faute.

C’est pour cette raison que la comparaison commence par votre propre demande. Si vous ne leur avez pas écrit ce que vous vouliez, ligne par ligne, vous ne comparez pas des prix, vous comparez des interprétations. Ce que doit contenir cette demande fait l’objet d’un article distinct sur ce blogue, et ce texte-ci commence là où celui-là s’arrête : les réponses sont sur votre bureau, et il faut les lire.

Les sept lignes qui changent le prix sans changer l’apparence du devis

Voici ce qu’il faut aligner, dans l’ordre où les écarts sont les plus fréquents.

La quantité. C’est le premier poste à vérifier, et le plus souvent responsable des gros écarts. Une part importante du coût d’un tirage est engagée avant que la première feuille sorte, pour le calage et la préparation. Cette part se répartit ensuite sur les exemplaires produits. Deux soumissions établies sur deux quantités différentes ne sont donc pas comparables du tout, même proportionnellement. Vérifiez la quantité chiffrée sur chaque document plutôt que celle que vous croyez avoir demandée.

Le papier. Un devis sérieux nomme le papier, avec son grammage et son fini. Un devis qui écrit seulement « papier de qualité » ou « carton épais » ne vous engage à rien et ne vous permet aucune comparaison. Si un seul des deux nomme le sien, vous avez votre explication avant même de continuer. Le choix lui-même a son propre guide, le grammage et le type de papier, et il vaut la peine d’être fait consciemment plutôt que subi.

Le nombre de couleurs et les faces imprimées. Un imprimé en couleurs des deux côtés ne coûte pas le même prix qu’un imprimé en couleurs d’un côté et en noir de l’autre. C’est une ligne que la demande initiale oublie très souvent, et que chaque fournisseur tranche à sa façon.

L’épreuve. Elle est parfois incluse, parfois facturée, parfois simplement absente. Et sous le même mot se cachent des choses très différentes : un fichier envoyé par courriel, ou une épreuve réellement imprimée sur le papier retenu. La différence de coût est réelle, et la différence de sécurité aussi. Ce que cette étape vous permet de vérifier est détaillé dans notre guide du bon à tirer.

La finition. Pelliculage, vernis, coins arrondis, pliage, perforation : chacune de ces opérations est une passe supplémentaire en atelier. Un devis peut très bien avoir omis celle que vous considériez comme acquise. Pour une carte d’affaires en particulier, notre article sur les finitions de carte d’affaires fait le tour des options.

La livraison. Incluse ou non, à une adresse ou à plusieurs, en une seule fois ou par lots, avec ou sans quai de déchargement. Sur un gros tirage, c’est un poste, pas un détail.

La préparation du fichier. Certains devis supposent que vous fournissez un fichier parfaitement conforme et n’ont rien prévu pour le corriger. D’autres incluent une intervention. Le second paraîtra plus cher jusqu’au jour où votre fichier posera problème.

Un prix littéralement exact peut quand même être trompeur

Il existe au Canada un principe qui décrit très bien ce qui se passe quand on lit une soumission trop vite, même s’il a été écrit pour un autre contexte, celui de la publicité faite aux consommateurs.

Le Bureau de la concurrence du Canada l’énonce ainsi : « When deciding whether a representation is false or misleading, a court is required to take into account the general impression conveyed by the representation, in addition to its literal meaning. » Il donne aussi le cas de figure : « The marketing message is literally true but misleading because it does not include or state essential information that would likely influence consumer behaviour. »

Attention, ce principe ne régit pas une soumission d’affaires entre deux entreprises, et il n’est pas invoqué ici comme une règle applicable à votre fournisseur. Il est cité parce qu’il nomme exactement le mécanisme de lecture : un document dont chaque ligne est vraie peut laisser une impression générale fausse, simplement parce qu’une information déterminante n’y figure pas.

C’est très précisément ce que fait une soumission d’impression silencieuse sur le papier ou sur la livraison. Rien n’y est faux. Elle est pourtant incomparable.

Le piège du prix affiché pour une quantité que vous ne commanderez pas

Le cas le plus fréquent mérite d’être isolé, parce qu’il ne relève d’aucune mauvaise intention.

Beaucoup de grilles tarifaires affichent un prix unitaire séduisant sur un palier de quantité élevé. Si vous avez demandé un tirage modeste et que la réponse vous présente le prix du palier supérieur, vous allez comparer une commande que vous ne passerez pas avec une commande que vous passerez.

La correction est simple : demandez toujours le prix pour la quantité que vous allez réellement commander, et demandez en plus le prix du palier immédiatement supérieur. Cette seconde donnée vaut de l’or, parce qu’elle vous dit où se trouve le seuil à partir duquel imprimer davantage coûte à peine plus cher. C’est une information de décision, pas une information de prix.

Ne confondez pas non plus cette question avec celle du procédé d’impression, qui a lui aussi un effet sur le prix selon la quantité, et qui est traité ailleurs sur ce blogue.

Pourquoi les exigences de fichier ne sont pas les mêmes partout

Un point surprend souvent : deux imprimeurs peuvent réclamer deux choses différentes pour le même travail, et aucun des deux n’a tort.

Le Ghent Workgroup, qui regroupe des associations d’imprimeurs et d’éditeurs, explique d’ailleurs sa propre raison d’exister par ce constat : « printer and publisher associations in different countries required a consistent set of rules that should be followed by PDF documents used for printing advertisements and various commercial print jobs. »

Autrement dit, ces règles ont dû être écrites précisément parce qu’elles n’étaient pas partagées. Il n’existe pas une exigence universelle qui s’imposerait à tout le monde, et c’est pour cette raison qu’un devis peut inclure une préparation de fichier que l’autre a supposée déjà faite.

La conséquence pratique tient en une phrase : demandez à chaque fournisseur ce qu’il attend de votre fichier, et comparez aussi ces réponses. Ce que recouvre un fichier réellement prêt est décrit dans notre article sur le fichier prêt pour l’impression.

La méthode, en une page

Ouvrez une feuille et faites une colonne par fournisseur. En lignes, mettez les sept postes ci-dessus, plus le total.

Remplissez la grille uniquement avec ce qui est écrit dans les documents. Chaque case vide est une question à poser, pas une hypothèse à faire. C’est cette étape qui fait tout le travail : la plupart du temps, l’écart de prix s’explique entièrement avant que la grille soit complète.

Renvoyez ensuite la même question précise à tout le monde, par écrit, et demandez une soumission révisée. Un fournisseur sérieux ne s’en formalise pas. Il préfère largement corriger un devis maintenant que discuter d’une facture plus tard.

Quand un prix est très bas, trois questions suffisent

Si un écart reste inexpliqué après la grille, il ne reste que trois hypothèses, et elles se vérifient en trois questions.

Est-ce le même papier, nommé, avec son grammage et son fini ? Est-ce la même quantité, écrite en chiffres sur les deux documents ? Et qu’est-ce qui se passe si le résultat ne convient pas, autrement dit ce que couvre exactement l’épreuve ou le remplacement ?

Si les trois réponses sont identiques et que l’écart persiste, alors et seulement alors vous êtes devant une vraie différence de prix, et vous pouvez décider.

Ce que cet article ne traite pas

Trois moments voisins appartiennent à d’autres textes de ce blogue, et les mélanger conduit à des décisions confuses.

Ce qu’il faut écrire à un fournisseur pour commander, avant même de recevoir un prix, est traité dans son propre article. L’approbation avant tirage relève du bon à tirer. Et ce qu’il faut vérifier quand la marchandise arrive sur le quai, une fois la commande passée et produite, fait l’objet d’un autre texte encore. Cet article-ci ne couvre qu’un seul instant : celui où deux documents chiffrés sont posés côte à côte et où il faut décider.

Où nous intervenons

Nous ne sommes pas votre imprimeur, et cet article ne cherche pas à vous en vendre un. Le prix, les paliers de quantité et les délais se demandent au fournisseur d’impression de votre choix, et lui seul peut les confirmer pour votre projet.

Ce que nous faisons, en amont, c’est le travail qui rend les soumissions comparables : arrêter le format, le nombre de couleurs, la finition et le papier avant que la demande parte, et livrer un fichier dont aucun fournisseur n’aura à combler les blancs. C’est aussi ce qui évite les frais de correction de dernière minute, qui n’apparaissent jamais dans la soumission initiale.

Si vous avez deux devis sur votre bureau et que vous n’arrivez pas à expliquer l’écart, demandez votre devis gratuit et parlons de ce qui doit être décidé avant de trancher.