Il existe une limite que presque aucun client ne connaît avant de la rencontrer, et elle n’a rien à voir avec le budget. Une imprimante grand format a une largeur maximale. Au-delà, votre visuel n’est pas imprimé plus grand : il est découpé en morceaux, imprimés séparément, puis rassemblés sur place par un installateur.
À retenir
- Au-delà de la largeur maximale de l’imprimante, votre visuel est découpé en lés qui se chevauchent et s’assemblent sur place.
- Évitez qu’un joint traverse un visage, un mot ou un logo : placez-le plutôt sur une zone unie, un dégradé ou une texture.
- Tracez vous-même les bandes sur la maquette avant de finaliser le dessin, sinon l’atelier fixera seul leur position.
Ce moment arrive toujours de la même façon. Vous commandez une murale pour une salle de réunion, un habillage de cloison pour un kiosque, un panneau de chantier de vingt pieds, une fresque dans un corridor. L’imprimeur accepte la commande sans commentaire, et c’est à la pose que vous découvrez qu’il y a un joint, et qu’il passe à un endroit qui ne vous convient pas.
Ce joint n’est pas un défaut. Il est inévitable, il est prévisible, et sa position est une décision de conception. Encore faut-il savoir qu’elle existe.
Cet article ne traite pas la résolution d’un fichier grand format, la distance de lecture, le choix du matériau, les finitions ni l’emplacement d’une affiche : ces cinq sujets sont déjà couverts par notre article sur l’affiche grand format. Il ne traite pas non plus la préparation générale d’un fichier d’impression, sujet de notre article sur le fichier prêt pour l’impression, ni le passage des couleurs d’écran aux couleurs d’impression, sujet de notre article sur le CMJN et le RVB. Une seule question est traitée ici : ce qui arrive à votre visuel quand il est plus large que la machine qui l’imprime.
Quelle est la largeur maximale qu’une imprimante grand format peut imprimer?
Les ateliers de grand format publient cette information, et elle est plus concrète qu’on ne l’imagine.
Un imprimeur québécois travaille couramment avec des équipements dont la largeur d’impression standard est de 54 ou 60 pouces. Les modèles industriels de forte capacité montent plus haut, jusqu’à environ 126 pouces, soit un peu plus de dix pieds et demi, pour les médias en rouleau. Un atelier documente d’ailleurs ses deux limites séparément : environ 100 pouces pour un support rigide, et 126 pouces pour un média en rouleau.
Retenez le principe plutôt que les chiffres, qui varient d’un atelier à l’autre. Il y a deux largeurs différentes selon que la pièce est souple ou rigide, et la plus petite des deux est presque toujours celle du support rigide. Un panneau d’aluminium ou de plastique alvéolaire se heurte donc à la limite avant une bâche ou un vinyle.
La conséquence pratique est simple. Avant de dessiner quoi que ce soit, la première question à poser à votre fournisseur n’est pas le prix, c’est la largeur maximale qu’il peut imprimer dans le matériau que vous voulez. Cette seule réponse détermine si votre visuel sera une pièce ou plusieurs.
Que se passe-t-il quand mon visuel dépasse la largeur de la machine?
Quand un visuel dépasse la largeur de l’équipement, l’atelier ne refuse pas la commande. Il applique une méthode standard : le fichier est découpé en lés, c’est-à-dire en bandes qui se chevauchent, imprimées séparément et assemblées sur place.
Deux détails de cette méthode changent votre fichier.
Le premier est le recouvrement. Les bandes ne sont pas posées bord à bord : chacune porte une bande d’image redondante que la voisine reprend, pour que l’installateur puisse faire coïncider le dessin malgré les petites imprécisions de pose. Le fabricant 3M, dont les vinyles et pellicules équipent une bonne partie des ateliers grand format, recommande dans ses guides de pose un recouvrement d’au moins un demi-pouce entre deux bandes; certains fournisseurs appliquent un pouce par défaut sans même le mentionner. Cette bande est consommée, donc elle disparaît du visuel fini.
Le second est l’orientation. Les lés peuvent être verticaux, comme du papier peint, ou horizontaux. Ce choix vous appartient, il est rarement proposé, et il change complètement l’endroit où les joints tomberont. Un mur large et bas ne se découpe pas du tout de la même façon qu’un panneau étroit et haut.
Enfin, chaque bande est étiquetée par l’atelier pour indiquer son ordre de pose. C’est un détail d’organisation, mais il en dit long : la pièce que vous recevez n’est pas une image, c’est un ensemble numéroté qu’une deuxième personne devra remonter correctement.
Le joint tombe quelque part, et personne ne vous demandera où
Voici le point qui coûte le plus cher, et il est entièrement évitable.
Si vous ne décidez pas où passent les joints, ils seront placés là où la découpe est la plus simple, c’est-à-dire à intervalles réguliers à partir d’un bord. Un joint réparti mécaniquement ne connaît pas votre visuel. Il passera donc, statistiquement, au milieu de quelque chose.
Trois endroits sont particulièrement mauvais et ils reviennent tout le temps. Au travers d’un visage, parce que l’œil humain détecte immédiatement le moindre décalage sur des traits qu’il connaît par cœur. Au travers d’un mot, parce qu’une lettre coupée en deux devient illisible dès qu’il y a un millimètre d’écart. Et au travers du logo, ce qui est le pire des trois, parce que c’est le seul élément de la pièce dont la forme exacte est censée être constante partout ailleurs.
À l’inverse, il existe des endroits où un joint ne se voit pratiquement pas : dans une zone de couleur unie, dans un fond dégradé, dans une texture irrégulière, ou aligné sur une ligne verticale déjà présente dans l’image.
La bonne pratique tient donc en une phrase. On établit la largeur maximale de l’atelier, on en déduit le nombre de bandes nécessaires, on trace ces bandes sur la maquette avant de terminer le dessin, et on déplace le contenu sensible pour qu’il tombe à l’intérieur d’une bande plutôt qu’à cheval sur deux.
Un doute sur votre visuel avant de l’envoyer à l’impression? Parlez-en à notre atelier avant de finaliser le fichier, pas après la pose.
Le mur n’est pas plat, et il n’est pas d’équerre
Une seconde réalité s’ajoute à la première, et elle surprend même les gens habitués à l’imprimé.
Un mur réel n’a pas les dimensions annoncées. Les coins ne sont pas parfaitement droits, les plafonds ne sont pas parfaitement horizontaux, et un écart d’un pouce sur une longueur de dix pieds est banal. Une pièce imprimée exactement aux mesures relevées laisse donc apparaître, à la pose, une bande de mur nu quelque part.
Les fournisseurs traitent ce problème par un débord. La consigne documentée est d’ajouter de deux à quatre pouces de dessin supplémentaire sur chaque côté qui touche un bord ou un coin, matière qui sera coupée au couteau une fois la pièce posée. L’exemple donné est explicite : pour un mur de 120 pouces sur 96, le fichier final doit mesurer 124 sur 100.
Ce débord n’est pas une marge de sécurité décorative. C’est du dessin réel, qui doit exister dans le fichier, et qui sera détruit. Cela veut dire qu’aucun élément important ne doit s’y trouver, et que votre composition doit être pensée sur la surface visible, pas sur la surface fournie.
Le même raisonnement vaut pour les obstacles. Une prise électrique, un thermostat, un cadre de porte, un interrupteur : ils sont sur le mur, ils y resteront, et ils apparaîtront au milieu de votre visuel. Il faut les relever avant, pas les découvrir après.
Le fichier ne se fournit presque jamais à l’échelle réelle
Dernier point technique, et il évite une perte de temps.
Un visuel de dix pieds sur huit, construit à taille réelle, produit un fichier ingérable. Les ateliers demandent donc de travailler à échelle réduite, et les proportions couramment acceptées sont la demie, le quart, le dixième ou le douzième. La règle est de choisir une échelle simple et de l’indiquer clairement au fournisseur, parce que c’est lui qui remettra la pièce à sa taille finale.
Une exception existe : un dessin entièrement vectoriel peut être fourni à l’échelle réelle sans faire exploser le poids du fichier, puisqu’il ne contient pas de pixels. C’est un argument de plus en faveur d’éléments graphiques vectoriels dans une pièce de cette taille, en particulier pour le logo et les textes, qui sont précisément les éléments dont un joint mal placé abîme le plus la lecture.
Quelles décisions dois-je prendre avant de commander une pièce grand format?
Cinq décisions, et elles se prennent toutes avant la conception finale plutôt qu’après.
La largeur maximale de l’atelier, dans le matériau retenu, en demandant séparément la limite pour le rigide et pour le rouleau. L’orientation des lés, verticale ou horizontale, selon la forme de la surface. La position des joints, tracée sur la maquette, en écartant les visages, les mots et le logo. Le débord, en confirmant combien de pouces le poseur veut sur chaque côté qui touche un bord. Et l’échelle du fichier, indiquée explicitement.
Un dernier réflexe, très simple, règle la plupart des mauvaises surprises : demandez à votre fournisseur de vous envoyer un schéma de découpe avant l’impression. C’est un dessin sommaire montrant les bandes et les recouvrements. Il prend quelques minutes à produire, il ne coûte rien, et c’est le seul document qui vous montre où passeront les joints pendant qu’il est encore possible de les déplacer.
Si vous avez une pièce grand format à faire produire et que vous ne savez pas où tomberont ses joints, parlons-en avant l’impression plutôt qu’après la pose.
Où tombera le joint sur votre impression grand format en lés?
à partir de quelle taille un visuel doit-il être découpé en plusieurs morceaux?
Cela dépend de l’équipement de l’atelier et du matériau. Les largeurs d’impression standard tournent autour de 54 à 60 pouces, et les équipements industriels montent jusqu’à environ 126 pouces en média rouleau. La limite est généralement plus basse pour un support rigide, souvent autour de 100 pouces. Il n’y a donc pas de seuil universel : la seule réponse utile est celle de votre fournisseur, pour le matériau que vous avez choisi.
Le joint entre deux bandes se voit-il?
Beaucoup moins qu’on ne le craint, à condition qu’il soit bien placé. Les bandes se recouvrent d’un demi-pouce à un pouce, ce qui permet à l’installateur de faire coïncider le dessin. Sur une zone unie, un dégradé ou une texture, le raccord passe inaperçu. Sur un visage, un mot ou un logo, le moindre décalage devient visible immédiatement. Le joint n’est donc pas un défaut en soi, c’est sa position qui décide de tout.
Puis-je choisir où passent les joints?
Oui, et c’est exactement le point que presque personne ne demande. L’orientation des bandes, verticale ou horizontale, et leur position sont des paramètres que l’atelier fixera lui-même si vous ne dites rien, en découpant à intervalles réguliers. Il suffit de tracer les bandes sur la maquette avant de finaliser le dessin et de déplacer les éléments sensibles pour qu’ils tombent à l’intérieur d’une bande.
Pourquoi me demande-t-on plus grand que mon mur?
Parce qu’un mur réel n’est ni parfaitement plat ni parfaitement d’équerre. Les fournisseurs demandent donc un débord de deux à quatre pouces sur chaque côté qui touche un bord ou un coin, qui sera coupé après la pose. Un mur de 120 pouces sur 96 se commande ainsi en 124 sur 100. Ce débord contient du dessin réel qui sera détruit, donc rien d’important ne doit s’y trouver.
Dois-je fournir mon fichier à la taille finale?
Rarement, parce qu’un fichier à taille réelle devient vite ingérable. Les ateliers acceptent couramment une échelle réduite simple, la demie, le quart, le dixième ou le douzième, à condition qu’elle soit indiquée clairement. Un dessin entièrement vectoriel fait exception et peut être fourni à l’échelle réelle sans problème de poids, ce qui est un bon motif de garder le logo et les textes en vectoriel sur ce type de pièce.