Vous avez validé votre maquette à l’écran. Le fond noir était profond, le texte noir était net. La commande arrive, et le fond ressemble à un gris charbon fatigué, tandis que le petit texte a des contours légèrement flous, presque colorés sur les bords.
À retenir
- Un grand aplat construit avec l’encre noire seule sort terne : utilisez un noir riche avec une base adaptée au papier.
- Gardez le texte courant, les petits caractères et les filets fins en noir seul à cent pour cent, jamais en noir riche.
- Réservez la couleur de repérage aux traits de coupe et aux repères techniques, et n’en mettez nulle part ailleurs dans la page.
Rien n’a mal tourné à la presse. Ce sont deux problèmes distincts, causés par le même malentendu : dans un fichier d’impression, le noir n’est pas une couleur, c’est une recette. Et il existe au moins trois recettes différentes, qui ne s’emploient pas aux mêmes endroits.
Ce que cet article ne traite pas
Il ne traite pas la différence entre les espaces de couleur d’écran et d’impression, sujet déjà couvert dans notre article sur le CMJN et le RVB. Il ne traite pas non plus les couleurs directes mélangées à l’avance, ni le choix du papier lui-même.
Une seule question est traitée ici : comment le noir doit être construit dans votre fichier, selon l’endroit où il se trouve dans la page.
Pourquoi un grand aplat noir sort terne
Le noir le plus simple n’emploie qu’une seule des quatre encres du procédé, l’encre noire, à cent pour cent. C’est ce que la plupart des logiciels produisent par défaut quand vous choisissez « noir » dans un sélecteur de couleur.
Sur une petite surface, cela suffit largement. Sur une grande, non. Une couche unique d’encre ne bloque pas complètement la lumière : le papier situé dessous continue d’en renvoyer une partie à travers la couche, et l’oeil perçoit un gris très foncé plutôt qu’un noir. Le phénomène est d’autant plus visible que la surface est vaste, parce que le regard a le temps de comparer.
C’est aussi pour cette raison qu’un aplat noir posé à côté d’une photographie paraît toujours plus pâle qu’elle. La photographie, elle, contient naturellement les quatre encres dans ses zones sombres. Votre aplat n’en contient qu’une.
Le noir riche empile les encres pour densifier la couche
La solution consiste à ajouter les trois autres encres sous le noir. On parle alors de noir riche. La formule la plus couramment employée pose un noir plein par dessus une base d’environ soixante pour cent de cyan et quarante pour cent de magenta et de jaune.
Le total des quatre valeurs atteint alors deux cent quarante pour cent. Ce chiffre, qu’on appelle la couverture d’encre totale, n’est pas décoratif : c’est la quantité de matière humide déposée sur un même point du papier, et c’est lui qui décide si le résultat sèche ou macule.
La proportion de cyan est un peu plus élevée que celle des deux autres, et ce n’est pas arbitraire. Elle donne au noir une tendance légèrement froide plutôt qu’une dominante brunâtre. Une base plus chargée en magenta produit un noir qui tire discrètement vers le rouge. C’est un réglage esthétique dont on peut discuter avec son imprimeur, à condition de savoir qu’il existe.
La limite d’encre change avec le papier
Chaque combinaison de presse, d’encre et de papier a un plafond au delà duquel l’encre ne sèche plus assez vite. En dessous du plafond, la feuille sort propre. Au dessus, elle macule, elle colle à la suivante, et les délais de séchage explosent.
Ce plafond n’est pas le même partout. Un papier couché, dont la surface est fermée, retient l’encre en surface et en accepte une quantité nettement plus grande, typiquement dans une fourchette de trois cents à trois cent quarante pour cent en offset feuille à feuille. Un papier non couché ou un papier de journal, poreux, absorbe et gonfle : sa tolérance descend souvent autour de deux cent quarante à deux cent soixante pour cent.
La conséquence pratique est directe. Un noir riche standard passe confortablement sur un papier couché. Sur un support absorbant, il frôle déjà la limite, et il faut alors alléger la base plutôt que de la copier telle quelle depuis un autre projet. Le choix du papier et la construction du noir se décident donc ensemble, pas l’un après l’autre. Notre article sur le grammage et le type de papier explique le reste de cet arbitrage.
Le piège du texte : quatre encres doivent s’aligner
Voici l’erreur qui coûte le plus cher, et elle vient presque toujours d’une bonne intention. Quelqu’un découvre le noir riche, trouve le résultat plus beau, et l’applique à tout le document, texte compris.
Sur une presse, les quatre encres sont déposées l’une après l’autre par des unités différentes. Le repérage, c’est-à-dire leur alignement mutuel, est excellent mais jamais parfait. Sur un aplat de grande dimension, un décalage d’une fraction de millimètre est invisible. Sur la panse d’un caractère de petite taille, il produit un liseré cyan d’un côté et un liseré magenta de l’autre. Le texte paraît alors flou, sale, légèrement coloré sur les bords.
Le noir seul n’a rien à aligner, puisqu’il n’y a qu’une encre. C’est pourquoi le texte courant, les filets fins et les petits caractères se construisent au noir seul, à cent pour cent, et jamais autrement. La règle vaut aussi pour les traits de tableau et les contours minces.
Le noir de repérage, à ne jamais laisser passer
Il existe dans les logiciels de mise en page une couleur nommée qui empile les quatre encres à cent pour cent chacune. Elle sert à imprimer les traits de coupe et les repères techniques en marge de la feuille, pour qu’ils apparaissent sur toutes les plaques.
Employée à l’intérieur d’une page, elle représente une couverture totale de quatre cents pour cent, soit largement au delà de ce que n’importe quel papier accepte. Le résultat est du maculage, des feuilles qui collent entre elles et parfois un tirage refusé.
Elle se retrouve pourtant régulièrement dans des fichiers, presque toujours parce qu’elle a été choisie par mégarde dans une liste de nuanciers où son nom ressemble à celui du noir ordinaire. C’est l’un des tout premiers points qu’une vérification de fichier doit contrôler, comme le rappelle notre guide sur le fichier prêt pour l’impression.
La règle de travail tient en trois lignes
Le texte courant, les petits caractères et les filets fins : noir seul, à cent pour cent. Les grands aplats, les fonds pleins et les très gros titres : noir riche, avec une base adaptée au papier. Les repères techniques : la couleur de repérage, et rien d’autre dans la page.
Un quatrième cas mérite d’être nommé, parce qu’il piège tout le monde : un logo noir placé sur un fond noir riche. Si le logo est en noir seul, il se détache à peine et paraît décalé en clarté par rapport au fond. Il faut alors le passer en réserve, c’est-à-dire le laisser en blanc de papier, plutôt que d’essayer d’accorder deux noirs différents.
À vérifier avant d’envoyer le fichier
Ouvrez la fenêtre de séparations de votre logiciel et affichez la plaque de noir seule. Tout ce qui disparaît alors était construit avec autre chose que du noir seul. Vérifiez ensuite que votre texte disparaît bien de la plaque cyan.
Demandez à votre imprimeur sa limite d’encre pour le papier retenu, avant de construire le noir riche. C’est une question qui prend trente secondes et qui évite un tirage à reprendre. Et si le document doit être aussi imprimé au bureau ou consulté à l’écran, gardez en tête que le noir riche n’apporte rien dans ces deux contextes et qu’il alourdit inutilement le fichier.
Questions fréquentes
Pourquoi mon aplat noir sort-il gris à l’impression?
Parce qu’il n’a été construit qu’avec l’encre noire seule. Une seule encre déposée sur du papier ne bloque pas toute la lumière, et le papier continue de renvoyer une clarté à travers la couche. Le résultat paraît charbonneux plutôt que profond, surtout sur une grande surface, alors qu’il paraît correct à l’écran.
Qu’est-ce qu’un noir riche exactement?
C’est un noir construit avec les quatre encres du procédé plutôt qu’avec la seule encre noire. On ajoute du cyan, du magenta et du jaune sous le noir pour densifier la couche. La combinaison la plus répandue ajoute environ soixante pour cent de cyan et quarante pour cent des deux autres, sous un noir plein.
Faut-il utiliser du noir riche pour le texte?
Non, presque jamais pour un texte courant. Quatre encres doivent s’aligner parfaitement pour former une lettre, et le moindre décalage de la presse produit un liseré coloré sur les contours. Le noir seul n’a rien à aligner, donc il reste net. Le noir riche se réserve aux grandes surfaces et aux très gros titres.
C’est quoi la limite d’encre totale?
C’est la somme des quatre pourcentages d’encre déposés au même endroit. Chaque combinaison de presse et de papier a un plafond au delà duquel l’encre ne sèche plus correctement et macule. Un papier couché en accepte nettement plus qu’un papier non couché ou un papier de journal, qui absorbe beaucoup plus vite.
Pourquoi ne faut-il jamais utiliser le noir de repérage?
Parce qu’il empile les quatre encres à leur maximum, soit un total de quatre cents pour cent. Cette valeur sert à imprimer les repères techniques en marge de la feuille, pas le contenu. Employée dans une page, elle dépasse largement toute limite d’encre raisonnable et provoque du maculage et des feuilles collées.
Faites vérifier vos noirs avant le tirage
Nous préparons les fichiers d’impression de nos clients avec ce contrôle intégré à la production, parce qu’il ne se voit ni à l’écran ni sur une épreuve de bureau. Si vous avez un doute sur un document qui part bientôt en production, écrivez-nous et nous regarderons vos séparations avec vous.