Le texte de votre prochain dépliant ne viendra pas d’un seul endroit. Une partie sortira d’un courriel écrit à votre graphiste, une partie du chiffrier où vivent vos descriptions de produits, une partie de votre site web actuel. Trois sources, et trois façons différentes de taper exactement les mêmes signes.
À retenir
- Uniformisez les apostrophes avant le tirage : un document soigné utilise la forme courbe, pas le signe droit.
- Accentuez les majuscules chaque fois que les minuscules correspondantes portent un accent, sauf sigles et acronymes.
- Faites le contrôle de ponctuation sur le texte avant de valider, car il provient souvent de plusieurs sources.
À l’écran, personne ne voit rien. On lit des mots, pas des caractères.
Sur la feuille, c’est autre chose. La composition est arrêtée une fois pour toutes, en autant d’exemplaires que compte votre tirage. Une apostrophe droite posée à côté d’une apostrophe courbe reste là. Un numéro de téléphone coupé en deux au bout d’une ligne reste coupé.
Trois questions voisines sont couvertes ailleurs et ne sont pas reprises ici. Le choix des polices, leur mariage et leur hiérarchie appartiennent à notre article sur la typographie de marque. La préparation technique du fichier, soit le fond perdu, les marges de sécurité et la résolution, appartient à notre article sur le fichier prêt pour l’impression. La question de savoir qui relit, qui approuve et à quel moment appartient à notre article sur le bon à tirer. Il n’est donc question ici ni de police, ni de résolution, ni de rôles, mais des caractères eux-mêmes, ceux que produit un clavier et ceux qu’un copier-coller transporte sans le dire.
Pourquoi le papier est-il plus sévère que l’écran ?
Sur une page web, le texte se recompose en permanence. Le lecteur change d’appareil, agrandit le caractère, tourne son téléphone, et chaque ligne se casse ailleurs. Un défaut de fin de ligne y est temporaire par nature : il existe chez un lecteur, pas chez le suivant.
Un imprimé n’a qu’une composition, celle que vous avez approuvée. Elle est la même sur le premier exemplaire et sur le dernier, et elle ne bougera plus. C’est toute la différence : le tirage ne fige pas seulement vos mots, il fige l’endroit exact où chaque ligne se casse.
Pourquoi votre document contient-il deux sortes d’apostrophes ?
L’Office québécois de la langue française distingue deux formes. L’apostrophe typographique a une forme courbe, comme une virgule placée en hauteur. L’apostrophe dactylographique est droite et verticale. Pour les documents soignés, et l’Office nomme explicitement les publications imprimées, c’est la forme courbe qui est attendue.
L’Office ajoute une consigne qui compte encore plus pour vous : il ne faut pas faire cohabiter les deux formes dans un même texte.
Et voici la cause mécanique du problème, celle qui explique pourquoi presque tous les documents assemblés à partir d’un courriel, d’un chiffrier et d’une page web contiennent les deux. Les logiciels de traitement de texte remplacent automatiquement l’apostrophe droite lorsque vous la tapez au clavier. Ils ne remplacent pas celles qui arrivent par copier-coller. Autrement dit, le texte que votre graphiste tape est propre, celui qu’il colle depuis votre courriel ne l’est pas, et rien à l’écran ne signale l’écart.
Le contrôle prend une minute, sur le fichier de texte, avant la mise en page. Cherchez le signe droit dans tout le document et remplacez-les tous d’un coup plutôt qu’un par un.
Les guillemets : les chevrons, et ce qui les remplace par accident
Même origine, même conséquence. L’Office rappelle que le signe droit du clavier a d’abord servi, à l’époque des premières machines à écrire, à représenter à la fois l’apostrophe et les guillemets, faute de touches disponibles. C’est cet héritage d’économie mécanique qui produit aujourd’hui des textes français ponctués de guillemets droits.
En français, les guillemets sont les chevrons, et ils ne sont pas de simples signes posés autour d’un mot : ils imposent un espacement précis. Selon le tableau d’espacement de l’Office, le chevron ouvrant est suivi d’une espace insécable et le chevron fermant est précédé d’une espace insécable.
Sans ces espaces liantes, un chevron ouvrant peut se retrouver seul en bout de ligne pendant que le mot qu’il annonce commence à la ligne suivante. Sur la colonne étroite d’un dépliant ou d’une brochure, ce n’est pas une hypothèse d’école.
Les espaces qu’on ne voit pas, et qui décident où la ligne se casse
C’est la partie la moins connue et la plus rentable.
L’Office distingue trois sortes d’espaces. L’espace sécable est celle que produit la barre d’espacement, et elle autorise le passage à la ligne suivante. L’espace insécable est une espace liante qui empêche de séparer deux éléments indissociables. L’espace fine est une insécable réduite, employée devant le point d’interrogation, le point d’exclamation et le point-virgule.
Les contextes où l’Office exige une insécable ressemblent à un inventaire de tout ce qui se trouve sur vos imprimés :
- avant le symbole d’une unité monétaire, donc entre un montant et son symbole;
- avant le symbole de pourcentage;
- avant le symbole de degré;
- entre chaque tranche de trois chiffres d’un grand nombre;
- entre le jour et le nom du mois, puis entre le mois et l’année;
- de part et d’autre du symbole de l’heure;
- à l’intérieur d’un numéro de téléphone;
- à l’intérieur d’un code postal canadien;
- entre des initiales et le nom qui suit;
- entre un nom propre et l’abréviation d’un titre de civilité;
- avant le deux-points.
Relisez cette liste en pensant à vos supports. Un catalogue de produits est une accumulation de montants, de symboles et de dimensions. Une carte d’affaires porte un numéro de téléphone, une enveloppe un code postal, une invitation une date et une heure. Chacun est un endroit où une ligne peut se casser au mauvais moment et rester cassée pour tout le tirage.
Un mot sur les trois signes finaux, parce que l’usage retenu ici se distingue de celui des documents européens. L’Office opte pour l’absence d’espace devant le point-virgule, le point d’exclamation et le point d’interrogation, tout en admettant l’espace fine lorsque le logiciel permet de l’insérer commodément. Tranchez une fois, puis tenez la même convention partout : l’incohérence entre deux documents de la même entreprise se remarque davantage que le choix lui-même.
Les majuscules accentuées, là où elles se voient le plus
La règle de l’Office tient en une phrase : les majuscules prennent les accents, le tréma et la cédille chaque fois que les minuscules correspondantes en portent. Les sigles et les acronymes font exception.
C’est justement la règle qu’on enfreint là où c’est le plus visible. Les capitales sont réservées aux endroits qu’on regarde en premier : le bandeau d’une affiche, la couverture d’une brochure, le haut d’une bannière rétractable, un intertitre de catalogue.
L’Office ne présente d’ailleurs pas l’accent comme une décoration. Il rappelle qu’une absence d’accent peut faire basculer le sens, et il l’illustre avec un ministre qui, selon que l’accent est là ou non, honore quelque chose ou se trouve honoré. Sur un titre composé entièrement en capitales, l’ambiguïté cesse d’être théorique.
Un cas voisin ne se règle pas de la même façon : il arrive qu’une police d’affichage ne contienne tout simplement pas les caractères accentués dont vous avez besoin. Le problème n’est alors plus une convention d’écriture mais un choix de police, et il se règle avant la mise en page.
D’où vient le mélange : trois sources, trois conventions
Reprenons les trois provenances du début, parce que chacune laisse une empreinte différente.
Le courriel. Une messagerie applique ses propres substitutions automatiques, et elles varient d’un logiciel à l’autre.
Le chiffrier. C’est de là que sortent vos montants, vos codes de produit et vos dimensions. Un chiffrier compose les nombres selon ses réglages de séparateur et de symbole, qui n’ont aucune raison de correspondre aux conventions d’un document imprimé en français.
L’ancien document ou la page web. La source la plus abrasive, parce que le texte y a déjà traversé au moins un outil avant d’arriver chez vous. À vérifier en entier, comme un texte étranger, et non à reprendre les yeux fermés parce qu’il a déjà été publié.
La conclusion pratique vous appartient, pas à votre graphiste. Désignez un fichier de référence unique qui contient le texte final, et livrez-le une fois. Tant que le texte circule en morceaux dans des courriels successifs, chaque morceau ramène ses propres conventions.
Le contrôle à faire avant de valider
Il tient en six points et il se fait sur le texte, pas sur la maquette.
- Chercher le signe droit dans tout le document et le remplacer partout d’un seul coup.
- Vérifier que les guillemets sont bien des chevrons, du début à la fin.
- Passer sur chaque nombre, montant, pourcentage, date, heure, numéro de téléphone et code postal, et vérifier qu’aucun n’est séparé de son symbole ni coupé en deux à la fin d’une ligne.
- Lire tous les titres composés en capitales et remettre les accents manquants.
- Vérifier que le deux-points n’est jamais rejeté seul au début d’une ligne.
- Comparer le document au support précédent de la même entreprise, pour vérifier que la convention est la même.
Ce contrôle ne remplace pas le bon à tirer, qui vérifie qu’un document est conforme à ce que vous avez approuvé, y compris vos coordonnées, vos couleurs et votre logo. Celui-ci vérifie la composition du texte, et il a lieu avant, pendant qu’une correction ne coûte encore qu’une minute.
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Ce que ça change réellement pour votre entreprise
Un client ne se dira jamais que votre dépliant mélange deux sortes d’apostrophes. Il n’a pas les mots pour ça et il ne les cherchera pas.
Il verra autre chose : un document dont quelque chose cloche sans qu’il sache dire quoi, et il en tirera la conclusion habituelle, à savoir que ça n’a pas été fait par quelqu’un dont c’est le métier. Sur un support qui existe précisément pour démontrer le contraire, c’est cher payé pour des caractères que personne ne regarde.
Tout ce qui précède se règle avant le tirage, sur un fichier de texte, en quelques minutes. Après, il n’y a plus qu’une option et elle s’appelle réimprimer.
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Est-ce que ces détails typographiques changent vraiment l’image de votre entreprise ?
Est-ce que ces détails changent vraiment quelque chose pour mon entreprise?
Pas individuellement, et c’est ce qui rend le problème difficile à voir. C’est l’accumulation qui parle. Un document qui mélange deux sortes d’apostrophes, dont les guillemets sont droits et dont un numéro de téléphone est coupé en deux donne une impression d’amateurisme diffuse, que le lecteur ressent sans pouvoir la nommer.
Comment savoir si mon document contient deux sortes d’apostrophes?
Utilisez la fonction de recherche de votre logiciel et cherchez précisément le signe droit, celui de la touche du clavier. Si le document en contient encore alors que le reste du texte porte des apostrophes courbes, vous avez le mélange que l’Office demande justement d’éviter. Faites le remplacement sur tout le document en une seule opération, pas manuellement.
Faut-il mettre une espace devant le point d’interrogation en français au Québec?
L’Office québécois de la langue française retient l’absence d’espace devant le point d’interrogation, le point d’exclamation et le point-virgule, tout en acceptant l’espace fine quand le logiciel permet de l’insérer facilement. Le deux-points, lui, est un cas différent : il est précédé d’une espace insécable. L’essentiel est de trancher une fois et d’appliquer le même choix à tous vos supports.
Doit-on accentuer les majuscules dans un titre entièrement en capitales?
Oui. La règle de l’Office est que les majuscules portent les accents, le tréma et la cédille dès que les minuscules correspondantes en portent, les sigles et acronymes exceptés. Un titre en capitales n’y échappe pas, et c’est l’endroit où l’omission se voit le plus.
Mon imprimeur peut-il corriger ces défauts pour moi?
Un imprimeur reproduit fidèlement le fichier qu’il reçoit, et c’est précisément pour cette raison qu’il ne peut pas vous protéger de ce genre de défaut : il n’a aucun moyen de savoir qu’une apostrophe droite n’était pas voulue. La correction relève de l’étape de composition, donc de la personne qui met votre texte en page, et elle doit avoir lieu avant que le fichier parte à l’impression.
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